Et si vous preniez votre prochain cours de Salsa à Cuba ?

Mis à jour : août 17

Quand on en goûte les joies, la Salsa et son univers peuvent vite devenir une passion ! Cours réguliers, soirée latino, on veut danser toujours plus, apprendre, progresser, partager .., bref, explorer !

Nous avons pensé à vous et interrogeons des professeurs, des danseurs, des musiciens, à Cuba comme en France.

Opinions, expériences, culture ... nous partageons avec vous tout ce que ces passionnés nous livrent !


Aujourd'hui, nous sommes allés papoter avec Mireya, professeur de Salsa à La Havane. Son planning des cours est toujours chargé et nous la retrouvons après un stage de danse, visiblement encore animée de l’énergie de la séance.

L’interview se passe dans l’un de nos cafés favoris de la vieille Havane, le « Lo de Monik ». Spacieux, savoureux, équipe très accueillante, ambiance conviviale et chaleureuse, c’est souvent notre cantine. La salle diffuse un son latino plutôt lounge, on est cohérent sur le genre musical.

On décide de faire l’interview avec des Mojitos accompagnés de croquettes cubaines et autres tapas à partager. Tant qu’à faire ...

Nous connaissons bien Mireya mais pour vous, nous lui demandons de se présenter et de nous parler un peu de son parcours. On vous laisse lire



Mireya : « Bonjour ! Et bien, je suis cubaine, originaire de La Havane et je suis professeur de danses cubaines. Auparavant, j’ai été danseuses professionnelle au -Tropicana-, le cabaret le plus prestigieux de Cuba, ainsi qu'au cabaret -Le Parisien- de l’Hotel Nacional, à La Havane. Aujourd'hui, j’enseigne la salsa cubaine en cours particuliers, en cours collectifs et en stage de salsa avec un plaisir chaque jour renouvelé ! »

Puro-Estilo : « Durant ces années d’enseignement, on imagine que tu as rencontré de nombreux élèves venu apprendre à danser la salsa du monde entier. Vois-tu une évolution dans sa popularité, sa pratique .. ? »


Mireya : « Oui en effet, je vois que chaque jour la salsa est plus contagieuse et plus présente pour les élèves que je rencontre. Qu’ils soient de niveau débutant, de niveau intermédiaire ou plus avancé, ils expriment tous une vraie curiosité d’apprendre, une vive envie de savoir danser. Et aussi, je trouve que chaque jour, le niveau des danseurs de salsa augmente. C’est passionnant pour moi en tant que prof. »

Prendre des cours de salsa à Cuba ... pourquoi ?


Puro-Estilo : « Pourquoi vient-on prendre des cours de danse, ici, à Cuba ? La salsa est-elle enseignée différemment ? Y a-t-il un style cubain ? »


Mireya : « La manière de danser des Cubains est festive, démonstrative, parfois explosive, et souvent, quand un élève voit cela il se dit « Waouh … je veux être comme lui ou comme elle, mais je ne sais comment y arriver !


La salsa est la salsa, elle est unique et la même pour tout le monde. Si son enseignement est différent en fonction du professeur et de l’école, l’objectif à atteindre est le même. Lors d’un stage de danse, ou même en cours d’initiation, il est surtout important que l’enseignant suive une vraie méthode et sache s’adapter à l’élève. Plus rapide avec certains, plus souple avec d’autres, l’enseignant doit pouvoir utiliser et adapter ses outils pédagogiques pour écouter et accompagner l’élève danseur. C’est un travail qui commence dès l’échauffement.


Ici, à Cuba, la danseuse ou le danseur pourra s’immerger dans la culture, la musique, et ainsi vraiment accélérer sa progression tout en se faisant plaisir. Il y a aussi beaucoup d’orchestres, de groupes et des soirées dansantes pour voir les danseurs locaux et pour pratiquer en danse libre. On n’apprend pas que dans les cours de danses»

Puro-Estilo : « Les Cubains ont un style de danse qui semble souvent très intuitif, évident. Comment expliques-tu cela ? »


La salsa, un art de vivre ?


Mireya : « La danse est comme un sentiment très profond pour les Cubains. On entend de la Salsa … la rythmique, les percussions … et on ne peut pas s’empêcher de danser, même un peu, au moins bouger les épaules ou se déhancher ! Même nos conversations sont accompagnées d’une vraie gestuelle … tout est musique ! C’est très contagieux, très riche et pour moi, c’est même comme une thérapie. »

Puro-Estilo : « C’est vrai, nous avons souvent entendu des Cubains parler de cette effet « thérapeutique » de la Salsa »


Mireya : « Oui, quand nous entendons de la salsa, nous oublions nos problèmes, même s’ils reviennent plus tard. Nous la portons dans le sang et cela s’exprime dès le plus jeune âge, dès que l’on commence à marcher !


Mais depuis que j’enseigne je constate qu’il y a beaucoup de gens dans le monde qui comprennent et s’approprient la salsa. Ils la défendent et la sentent dans le sang, comme quelque chose qu’ils avaient déjà en eux, endormie. Et au moment où elle explose et que le sang prend la parole, c’est une joie qui emporte tout.


C’est quelque chose qui m’anime profondément en tant que professeur. Je suis heureuse de vivre ces moments, de pouvoir prendre le temps d’étudier la salsa chaque jour davantage, et d’en défendre une certaine vision au travers de mes cours ! »

Puro-Estilo : « Et si nous revenons à l’élève qui a vu de très bons danseurs en soirées salsa, ici à La Havane, et te demande de l’amener à ce niveau … quelle est ton approche ? »


Mireya : « J’essaie toujours de faire prendre conscience qu’il ne s’agit pas seulement de technique, mais véritablement d’une autre façon de s’exprimer, ancrée dans une culture. Tout est possible, mais j’explique qu’il faut y aller lentement, étape par étape, et qu’il s’agit d’un chemin. Je l’encourage beaucoup pour que la progression ne soit pas une succession de frustration mais plutôt un cheminement alimenté par beaucoup d’énergie positive. C’est très important pour moi et ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas avare d’énergie positive ! »

Puro-Estilo : note pour le lecteur, à ce moment, Mireya éclate d’un grand rire très communicatif ! Nous commandons un autre Mojito.

Mireya : « C’est vrai, c’est important ! Quels que soient leurs niveaux. En cours débutants, confirmés ou avancés, je traite tous mes élèves avec gentillesse, respect, amour. Je pense qu’il est important de faire preuve d’un minimum de psychologie pour accompagner chacun au mieux, en prenant le temps d’expliquer la culture, l’écoute des rythmes, la musicalité et, bien sûr, la technique. En tant que professeur, on apprend aussi chaque jour dans ce processus !

Comment choisir une école de salsa à Cuba ?


Puro-Estilo : « Justement, quand on souhaite apprendre la salsa ou se perfectionner, comment choisir un bon professeur, une bonne école de danse, ici, à Cuba ? »


Mireya : « L’école de danse est bonne si les professeurs sont bons.

Ici, à Cuba, il peut y avoir des écoles très réputées qui proposent des cours de salsa cubaine et des stages avec des profs qui n’ont pas nécessairement le même niveau d’excellence. À l'inverse, on peut trouver des professeurs de très haut niveau dans des écoles moins prestigieuses. C’est un peu la surprise.

Pour moi, un professeur de danse qui propose des cours de danse latine doit se respecter. Il doit être professionnel et avoir une base minimum de connaissance sur la technique, la pédagogie, et sur tout l’univers culturel dans lequel s’inscrit la salsa. C’est une question d’éthique professionnelle. »

Puro-Estilo : « Tu parles de la base pour le prof, et pour un élève.., la base, ça doit être quoi ?»


Mireya : « Ça c’est vraiment extrêmement important. Je ne peux insister assez. C’est la première chose à donner à un débutant, dès les premiers pas de salsa. C’est aussi vrai pour une personne plus expérimentée qui en aurait négligé les étapes d’ailleurs. Il est même clef pour un danseur de haut niveau de toujours revenir sur ces bases car c’est à partir de là que les figures de salsa pourront s’exprimer et qu’il pourra vraiment travailler leur perfectionnement. Quand la base est bonne, on peut danser ce que l’on veut avec le rythme que l’on veut. C’est vrai pour tous les styles de danse.

Puro-Estilo : « Les danseurs plus expérimentés qui viennent te voir pour se perfectionner acceptent-ils de repartir sur des principes de bases ?»


Mireya : « Au début c’est vrai, c’est un peu difficile. Mais dans la salle de danse, j’ai une façon très particulière de me comporter avec les élèves et une vraie bonne humeur contagieuse.


En stages ou en cours particuliers de danse, dès la première séance, je montre et j’explique des éléments fondamentaux de figures qu’ils connaissent ou croient déjà connaître.


Je suis là pour les aider à progresser et les amener là où ils souhaitent que je les emmènent. Je ne refuse pas les variantes qu’ils apportent, telles qu’elles peuvent parfois être enseignées par d’autres écoles hors de Cuba, je propose simplement d’explorer autre chose puis de choisir, en expliquant qu’à Cuba, la salsa … c’est comme ça.


J’aime bien repartir de zéro sur des points qui me semblent importants pour rectifier des éléments dont je sais qu’ils vont freiner leur progression plus tard s’ils ne sont pas corrigés.

En fait, sincèrement, il n’y a jamais personne pour me dire non. »

Puro-Estilo : Nouveau rire toujours aussi communicatif ! On en profite pour finir les cocktails et se partager les quelques tapas qui restent.




Si un périple à Cuba vous inspire, allez faire un tour sur "15 conseils voyageurs à lire avant un séjour à Cuba" !





Puro-Estilo : « En restant du côté des bases, les Cubains dansent-ils sur le 1 » ?


Mireya : « La salsa cubaine a 8 temps, il y a des temps forts comme 1,3,5,7 et sur chacun de ces temps, on pourrait danser, mais normalement la salsa cubaine est dansée sur le 1.


Si vous commencez sur le 3 ou le 5 qui peuvent sembler similaires, on finit pas se sentir comme … mal à l’aise. En cours, j’enseigne à danser sur chaque temps et on le pratique tout en organisants des moments d’écoutes musicales pour construire un sens du rythme. Mais il vaut mieux le faire sur le 1.

Puro-Estilo : « Et les Cubains comptent-ils en dansant ? »


Mireya : « Généralement non. Mais les cubains commencent à danser dès le plus jeune âge et c’est comme … intériorisé.»


Aligner sa danse et sa personnalité


Puro-Estilo : « Si on parle style … pour toi qu’est-ce que - danser avec style - ? »


Mireya : « Ah ! Hmm, et bien si je prends l’exemple d’une femme, les mouvements de ses hanches, de ses épaules, l’expression du visage … toute sa chorégraphie va pouvoir exprimer son style, ce qu'elle est et tout ce qu’elle souhaite exprimer.


D’ailleurs les Cubaines ne dansent pas comme les Dominicaine ou les Portoricaines. Les Cubaines ont en plus un certain … sex-appeal qui donne une vraie sensualité à leur danse !

Mais ça, bien sûr c'est un avis très personnel, chacun son style !»

Puro-Estilo : « Justement, lorsque tu dis - chacun son style -, comment apprendre une technique qui, par principe, est la même pour tous, et forger son propre style ? »


Mireya : « Ça aussi, c’est important ! En parallèle des cours, il faut regarder les danseurs, les bons danseurs, et essayer de leur - voler - des mouvements, des gestes, tout ce qui peut sembler pouvoir appartenir à sa propre personnalité.


C’est important d’avoir une danse alignée avec son identité. Sinon franchement, c’est très laid, cela se voit.

Puro-Estilo : « La salsa est une danse à deux et on imagine que ce style et cette identité doivent s’adapter au partenaire ? »


« La salsa est une danse de couple. On parle beaucoup de guidage mais c’est surtout un jeu de questions-réponses entre le danseur de salsa et la danseuse. Ce que l’on commence par apprendre comme étant une figure, ou passe, est en fait un dialogue que chacun est libre d’interpréter ou sur lequel il ou elle peut improviser. En soirée salsa, l’essentiel est de savoir comment demander et comment répondre avec son style et sa personnalité, plutôt que de simplement montrer tout ce que l’on a appris. »

Puro-Estilo : « C’est très profond ça. Et bon, alors, si on va plus loin, pour toi, que dit d’une personne, sa façon de danser ? »


Mireya : « Franchement, pour moi, c’est quasiment comme un test de personnalité ! Quand je danse avec un danseur, je perçois quel genre de personne il est, ce qu’il veut montrer en dansant, s’il est simple ou pas, s’il fait preuve d’humilité, mais surtout ce qu'il a besoin d’apprendre bien sûr ! »

Puro-Estilo : « Une question plus personnelle si tu nous le permets pour clore ce passionnant entretient : prends-tu toujours du plaisir à danser ? À enseigner ? »


Mireya : « Je vis assez loin des studios de danse de La Havane et le transport à Cuba est très compliqué, surtout en ce moment. Mais franchement, je me réveille chaque jour avec la même énergie, la même curiosité d’apprendre quelque chose de nouveau et la même envie de préparer mes cours et stages de danse. Le sourire satisfait d’un ou d'une élève qui dépasse un stade de sa progression est, chaque fois, une grande récompense pour moi. Et, croyez-le ou non, j’apprends aussi énormément de mes élèves, de leurs questionnements ! »

Puro-Estilo : « Mireya, un immense merci pour ton temps et pour avoir partagé ton expérience, franchement, c’était passionnant »


Mireya : « Avec plaisir ! N’hésitez pas si vous voulez encore papoter de danse cubaine ou danses latines, quelles qu’elles soient ! »

Les tapas et les cocktails ayant déserté la tables, nous nous occupons de l’addition tout en prenant une photo de Mireya.

On sort tous du Lo de Monik pour retrouver, avec un immense sourire, le soleil des Caraïbes inondant la rue Chacon !

Ce soir Habana D’Primera joue à Miramar. À la fois concert et soirée dansante, ça promet d’être festif. Ce moment avec Mireya nous a donné envie de danser et d’aller admirer les meilleurs couples de danseurs locaux exprimer leurs pas de danse, leurs enchaînements de rumba, leurs chorégraphies afro cubaines … et de leur -voler- quelques mouvements !

En parlant d’afro cubain, pour notre prochaine interview, nous irons cette fois à côté d’un centre de danse de Vedado rencontrer Claudia, danseuse professionnelle, avec qui nous échangerons sur les différents styles et univers dans lesquels celui-ci prend ses racines … À suivre !

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