Explorer La Havane en américaine

Cuba, c'est la musique, la danse, les cigares, le rhum, le soleil ... c'est aussi les authentiques voitures américaines vintage qui sillonnent La Havane !

Pour en parler nous sommes allés, cette fois, passer un moment avec Fernando, chauffeur d’une magnifique Chevrolet cabriolet 1952 rose.



Fernando, c’est lui qui fait découvrir la capitale cubaine aux voyageurs Puro Estilo, et du coup, il fait un peu partie de l’équipe.


Nous sommes allés nous poser tous ensembles en terrasse d’un café, en face du Malecon.


Sérieux, Fernando se prend une eau gazeuse. Nous, on ne conduit pas donc on se laisse aller sur la page des cocktails, en jetant un oeil sur les Mojitos.


On vous laisse lire la suite.

Puro Estilo : « Fernando bonjour ! On adore se balader avec toi dans La Havane dans ta belle voiture américaine, mais aujourd’hui, on aimerait que tu nous parles de toi, ton histoire, celle de ta magnifique voiture.»


Fernando : « Avec plaisir ! Et bien je m'appelle Fernando Dias j'ai 56 ans, et la vieille voiture que vous voyez là, je la conduis depuis 32 ans maintenant. C’était celle de mon père !

Je l’utilise comme taxi pour gagner ma vie.


Grâce à cette voiture, je vis bien mais surtout, je fais ce métier parce que je suis vraiment sensible à cette continuité avec mon père. Et puis j’adore aussi communiquer avec les gens, voir leur étonnement et leur plaisir quand ils montent et s’installent dans ce morceau d’histoire.


Bien souvent, c'est la première fois qu'ils viennent visiter Cuba, ils ne savent pas beaucoup de choses sur l’île. Alors je fais les présentations (Fernando affiche un large sourire). Je partage ce que je sais de la vie ici, de l’histoire de La Havane, de la Révolution cubaine, j’adore cet échange avec les voyageurs.


J’adore conduire cette voiture et j’adore le moment d’échange que cela suscite avec mes passagers. »

Puro Estilo : « Tu es de La Havane? »


Fernando : « En fait, je ne suis pas originaire de La Havane, je viens de la province, je suis « santiaguero » de pure souche (Santiago de Cuba). Je le précise car, ici à Cuba, on dit volontiers que les gens du pays ont une façon d'être différente de ceux qui sont d’origines plus urbaines.


On dit que les gens de l’intérieur du pays sont plus nobles, réservés, sincères … et d’une certaine manière, je pense que ce n’est pas entièrement faux. Pourtant, je vis à La Havane depuis 38 ans, et finalement j'y ai vécu plus longtemps qu'à Santiago !


Certaines personnes me disent que je ne ressemble pas à un Cubain, à cause de la couleur de ma peau et même à cause de ma forme de visage. C’est sans doute parce que mes deux grands-parents étaient espagnols. Ils sont venus ici au siècle dernier, ils se sont mariés et moi … je suis né quelques années plus tard.»

Puro Estilo : « Parlons un peu de cette magnifique voiture achetée par ton père»


Fernando : « Bien sûr ! C’est une Chevrolet de 1952 et, croyez-le ou pas, le moteur est d’origine ! Mon père n'a pas voulu transformer le moteur en diesel comme certains le font ici, et moi non plus. Je la garde authentique, hors du temps.

Puro Estilo : « Moteur d’origine ? Incroyable ! Mais combien de kilomètres a-t-il? »


Fernando : « Difficile à dire, il a fallu souvent intervenir en profondeur sur la mécanique et conserver le kilométrage réel n’était pas nécessairement la priorité. Il a plusieurs centaines de milliers de kilomètres, c’est certain, mais je ne saurais dire exactement combien. »

Puro Estilo : « Ce rose est magnifique, couleur d’origine aussi ? »


Fernando : « Non, non, ah ah ah. Mon père l’a achetée neuve et à l’origine, elle n'était pas rose, elle était bleu clair.


À l’époque, elle n’était pas utilisée comme taxi.


Au moment de renouveler la peinture, il y a trois ans, j’ai décidé tout de même de changer de couleur. J’avais noté en effet, que le rose plaît beaucoup, surtout aux femmes. Et franchement, je ne le regrette pas, ça lui va vraiment bien. J’aime beaucoup traverser La Havane avec elle. »

Puro Estilo : « Nous sommes bien d’accord, elle est sublime dans cette couleur ! Sinon, comment fais-tu pour entretenir le moteur ? »


Fernando : « À Cuba, c’est vraiment compliqué d’entretenir une voiture, d'autant plus que pour la plus grande partie elles sont arrivées dans l’île de 1950 à 1960.


Ensuite, avec l’embargo américain, tout s’est arrêté, l’importation de voitures mais aussi la possibilité d’importer des pièces détachées ! Aujourd’hui, il n’y a donc quasiment aucun moyen de trouver de quoi entretenir les moteurs ou d’ailleurs, plus généralement, de quoi entretenir les parties mécaniques qui subissent l’usure du temps.


Mais nous, Cubains, avons développé une sorte d’intelligence naturelle pour les voitures et … nous avons réussi à faire des adaptations pour qu’elles puissent toujours exister dans les rues de La Havane.


Bien sûr, cela revient très cher, qu’il s’agisse d’une réparation ou même de refaire la peinture. Heureusement que le tourisme à Cuba reste dynamique. C’est ce qui nous permet de faire vivre ces bijoux»



Puro Estilo : « Est-ce que tu fais cet entretien toi-même ? »


Fernando : « Non, je connais le moteur par cœur, mais je me fais aider d'un mécanicien professionnel. Nous réparons ensembles la voiture depuis si longtemps qu’il fait presque partie de la famille aujourd’hui !


Puro Estilo : « La voiture demande-t-elle une conduite particulière ? Est-elle difficile ? »


Fernando : « Avant tout, pour moi, c'est un luxe de conduire ce type de voiture. Maintenant, il est vrai qu’il n’y a aucun type d’assistance, ni pour la direction ni pour rien. Donc oui, il faut un peu de force.


Mais elles sont finalement assez dociles si vous savez vous y prendre et surtout, si vous conduisez en douceur. Ce qui demande le plus d’adresse, c’est le stationnement … elles sont très larges, longues et nécessitent beaucoup de place ! Dans les ruelles colorées de la vielle ville, ça peut vite être compliqué»


Si un périple à Cuba vous inspire, allez faire un tour sur "15 conseils voyageurs à lire avant un séjour à Cuba" !





Puro Estilo : « Pour rester dans l’ambiance et l’époque …. Pourrions-nous faire avec toi une tournée remontant aux années Batista ? Tu nous fais l’itinéraire ?»


Fernando : « Bien sûr ! D’ici, nous pouvons voir l'hôtel Riviera qui était un édifice important des années 50 à 58. C'était un lieu de rencontre, un lieu où vivaient des gangsters. En fait, l'hôtel a été construit par des hommes de Lucky Luciano et on peut voir, sur de nombreuses photos, ces voitures apparaître dans le plus pur style Al Capone.


Dans les années 50, ici, à La Havane, tout était associé à la mafia.


Êtes-vous déjà entré dans le hall de l'hôtel National? C’est un lieu mythique aujourd’hui, incontournable.


C'est une bâtisse très coloniale, le plafond est en bois précieux, c'est un peu exotique. Il y a une grande fresque avec des photos de gangsters et de politiciens des années 50, ainsi que … les voitures qui étaient neuves à l’époque.


Ce qui s'est passé ensuite, c'est l'arrivée de Fidel et la révolution pour arrêter les jeux, la prostitution, et toute la corruption de la mafia.


C’est une histoire passionnante et on ne peut comprendre La Havane sans en connaître les grands traits. Ce n’est pas forcément ce que la plupart des touristes demandent en venant visiter Cuba, mais je suis 200% d’accord avec vous que c’est une excellente idée de découvrir La Havane de cette façon et surtout, dans ce genre de voiture. Et même, pourquoi pas, encore mieux, avec un cigare !


Aujourd’hui, ces voitures exceptionnelles sont devenues très populaires pour les voyageurs étrangers. Même si ce sont des automobiles américaines, elles sont devenues comme une marque de Cuba. Ces vieilles voitures sont aussi un témoignage d’une époque intense»

Puro Estilo : « C'est tellement vrai, on ne peut imaginer La Havane sans ces merveilles !

Merci beaucoup de nous avoir consacré du temps Fernando, c’était passionnant.

On se ferait bien une escapade avec toi, pour découvrir ou redécouvrir la grande île de Cuba hors des sentiers battus, un petit road trip sous le soleil, une ambiance salsa, culture, farniente, aller de La Havane à Santiago, en passant par la Sierra Maestra et les plages paradisiaques de Cayo Santa Maria.

Qui sait, on va peut-être y réfléchir à le faire vraiment à l’occasion d’un prochain stage de Salsa à Cuba avec des voyageurs Puro Estilo.

Une dernière question tout de même, sans rapport avec la voiture … tu sais que les voyageurs Puro Estilo sont des fans de danse. Tu aimes danser, tu danses la Salsa ? »


Fernando : « Hahahaha, je vais être honnête, je ne suis pas un très bon danseur, je danse un petit casino, comme ça, mais franchement ce n’est pas mon point fort. Par contre, une visite de La Havane sur le thème de la mafia et des années 50, là, c’est moi qui donne le rythme ah ah ah»


Fernando nous quitte avec un grand sourire pour rejoindre sa Chevrolet. Il ouvre et referme sa portière avec beaucoup de délicatesse, comme tous les chauffeurs et tous les passagers de La Havane, et nous salue de loin avant de repartir vers le quartier du Prado.


Nous, nous décidons de nous attarder un peu plus longtemps en terrasse, pour profiter du bord de mer, du soleil, de la vue sur Le Malecon, et sans doute pour dépenser nos derniers pesos avec un autre Mojito.



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