Construire son style en Salsa

Mis à jour : juil. 28

Quand on en goûte les joies, la Salsa et son univers peuvent vite devenir une passion ! On veut danser toujours plus, apprendre, progresser, partager .., bref explorer ! Alors nous avons pensé à vous et interrogeons des professeurs, des danseurs, des musiciens, à Cuba comme en France.

Opinions, expériences, culture ... nous partageons avec vous tout ce que ces passionnés nous livrent !


Aujourd'hui nous rencontrons Claudia, danseuse professionnelle, et nous avons rendez-vous pour cela au pied de l’hôtel Habana Libre, au coeur de Vedado. Les présentations faites on s’installe en terrasse d’un café choisi un peu au hasard. On fait connaissance.





Claudia est tout sourire, visiblement très curieuse de cette interview. On se commande quelques cafés, un Frappuccino pour Claudia. Toujours sérieux, on avait prévus quelques questions … mais rapidement on les range et les oublie pour nous laisser porter par le fil d’une conversation passionnante.


On demande à Claudia son parcours, on vous laisse lire la suite …


Claudia : « Bonjour ! Mon parcours ? Et bien je suis danseuse, danseuse depuis que je marche ! Mais plus sérieusement j’ai suivi des études de danse en ballet classique, pendant 5 ans, puis 5 ans à l’École nationale d’Art de Cuba (ENA : Escuelas Nationales de Arte) pour des études folkloriques et populaires, puis de nouveau 4 ans d’études supérieures dans l’Académie Supérieure d’Art (ISA : Instituto Superior de Arte) pour y étudier les danses contemporaines. À présent, je fais un master sur l’enseignement de la danse.

Jusque très récemment, je dansais avec beaucoup de bonheur et de fierté dans la compagnie Rakatan, une des compagnies de danse les plus réputées de Cuba ! Mais je fais à présent une pause pour me concentrer sur le master.

Je donne aussi des cours à des enfants pour leur faire découvrir la création corporelle. C’est passionnant !

Mais c’est aussi assez difficile, car il ne s’agit pas seulement de mouvement corporel, c’est aussi l’esprit qui est sollicité pour construire un véritable vocabulaire !

Puro-Estilo : « Quel parcours ! Et qu’est-ce qui t’a fait t’orienter du ballet vers les danses latines ?»

Claudia : « Et bien, disons que la danse classique, c’est très technique, très strict, et ça ne laisse pas beaucoup de place à l’expression personnelle. Moi j’essayais souvent de modifier des gestes, d’en explorer les potentiels »

Puro-Estilo : « Durant ton apprentissage ? »

Claudia : « Oui ! Et cela faisait hurler mes professeurs ! J’étais frustrée et j’ai souhaité évoluer vers un autre univers, permettant plus de créativité.

C’est en cela que je me suis ensuite pleinement épanouie au sein de Rakatan. La compagnie proposait en effet un mix entre danse moderne cubaine et salsa, et cela me convenait beaucoup plus !»

Puro-Estilo : « Ton parcours semble aussi s’ancrer beaucoup dans la culture. La connexion entre la culture et la danse .., c’est important ? »

Claudia : « La culture et le folklore sont très importants. Spécifiquement pour les danses populaires comme la salsa.

Une danse s’inscrit dans une époque, avec un contexte social et populaire.

À Cuba, on avait un mélange de cultures africaine et européenne, et de nombreux mouvements issus de cette époques sont encore préservés aujourd’hui.

Si tu ne comprends pas la signification originelle du mouvement, tu ne peux atteindre une bonne qualité de geste.

Par exemple, en religion Santéria/Yoruba, si tu ne sais pas qu’Elegua possède un garabato pour ouvrir le chemin, tu ne comprends pas le mouvement !

C’est très important de comprendre et sentir le sens de sa danse. »

Puro-Estilo : « Prend-on plus de plaisir lorsque l’on atteint une meilleure qualité de geste ? »

Claudia : « Bien sûr ! Encore aujourd’hui, je suis des conférences et lorsque j’apprends une nouvelle information, je l’utilise pour améliorer ma danse »

Puro-Estilo : « L’apprentissage de l’afrocubain, les mouvements des Orishas, est-ce important dans la pratique de la danse, de la salsa ? »

Claudia : On a deux sources fondamentales d’influences dans le folklore. L’Espagne, et l’Afrique.

Mais en fait dire « l’Afrique » n’est pas suffisant. Si on y regarde de plus près, à l’intérieur de l’Afrique, il y a 5 sources de danses qui sont associées à des régions très spécifiques. Congo, Nigéria … chaque région va amener sa culture et sa danse. Il n’y a pas que le Yoruba et les Orishas !

Par exemple Bantou, du Congo, amène Yuka, Palo et Macouta, ou Dahomey, du Bénin, amène Arara.

Ici les mouvements sont très liés à la terre car ces types de régions sont elles même, très liées à la terre. Ce sont des agriculteurs pour lesquels la terre est très noble !

Un syncrétisme se produit qui mélange tout cela.

Puro-Estilo : « Est-ce que l’on peut s’approprier cette gestuelle sans être soi même religieux ? Est-ce respectueux ? Dans quel contexte peut-on intégrer ces mouvements à sa salsa »

Claudia : « Le casino est très traditionnel : il n’y a pas de place pour les Orishas. Mais la salsa cubaine est plus riche et s’ouvre à d’autres mouvements. On y intègre chacha, rumba, son … etc

Pour les Orishas, si dans une chanson le chanteur lance « comme Elegua ! » … et bien tout le monde va se lancer dans une expression d’Elegua, c’est normal.

Aussi, quelques fois, un danseur ou une danseuse connaît Elegua et souhaite simplement le montrer. Il ou elle peut alors en faire les pas et la gestuelle si le rythme s’y prête.

Pour moi ce n’est pas choquant, ni un manque de respect.

Habana DPrimera va souvent intégrer des percussions Rumba, Yoruba ou Palo dans ses chansons par exemple. Moi qui ne suis pas religieuse, mais croyez-moi je vais certainement suivre ces invitations dans ma danse !

Puro-Estilo : « Quel conseil donnerais tu a un non-Cubain pour atteindre une qualité de geste juste, mais qui exprime tout de même son propre style en salsa ? »

Claudia : « Quand j’enseigne, je dis que je montre le basique et ce qui me convient à moi, à mon corps, et ce qui le caractérise. Il y a plusieurs formes possibles pour un geste, il faut tester ce qui convient le mieux à son corps, à son confort et au rendu dans le miroir.

Chaque personne doit créer son propre style, c’est vraiment important, mais il faut comprendre le basique qui en constitue la fondation.

Copier à 100% un prof que l’on apprécie particulièrement, et surtout dont on apprécie l’esthétique, n’est pas une bonne idée, car les mouvements qui lui conviennent ne sont pas nécessairement ceux qui vont nous convenir. Ce qu’il faut surtout lui prendre, c’est sa parfaite exécution des basiques.

Il arrive que des étudiants soient frustrés, car ils veulent faire exactement comme le prof, mais c’est impossible ! Le résultat ne va pas être exactement le même, jamais ! Au-delà des basiques, il faut apprendre de plusieurs professeurs, il faut voir plusieurs styles et prendre ce qui convient le mieux à son corps, c’est très important.

C’est la danse ! Un professionnel apprend beaucoup de techniques, il prend tout ça, le mélange et il fait son propre style, sa propre manière de danser. C’est ça qui va faire qu’une personne qui danse est bien dans son corps, et belle à voir.

Il faut composer avec sa taille, sa corpulence, la poitrine pour une femme .., chacun a son anatomie.

Il faut très bien connaître la base, puis ensuite adapter le style et la gestuelle à sa morphologie, c’est vraiment très important.


Puro-Estilo : « Y a-t-il un âge pour apprendre à danser ? En Europe, pour la plupart, les gens n’apprennent pas en même temps ils apprennent à marcher, ils commencent beaucoup plus tard ! »

Claudia : « Bien sûr c’est un peu plus difficile de commencer plus tard. Mais la danse populaire cubaine ne demande pas de capacité physique particulière et peut s’apprendre à n’importe quel âge.

Il faut juste être un peu patient et comprendre qu’il va falloir apprendre pas à pas avant d’arriver au niveau que l’on souhaite et surtout, ne pas se laisser frustrer dans son apprentissage.

Comme on dit il faut savoir marcher avant de sauter !

Aussi, indépendamment de l’âge, un apprentissage ne se fait pas au même rythme d’une personne à une autre. À âge égal, une personne peut avoir besoin d’une semaine pour intégrer un geste, alors qu’une autre le comprendra en un jour.

Il faut de la patience et de la persévérance

Mais l’important, c’est que le résultat va changer la vie. La libération de l’expression du corps va avoir un énorme impact sur le bien-être et ce, quel que soit l’âge.

Puro-Estilo : « C’est un super message pour clore cet échange ! Un grand merci à toi Claudia, c’était passionnant … on a encore mille questions et on pourrait continuer comme ça toute la journée ! Bon allez pour terminer, car on sait que tu dois partir, on a tout de même envie de t’en poser encore une dernière : notre nom, Puro Estilo, ça t’évoque quoi ? »

Claudia : « Puro Estilo … ah la pureté c’est une quête permanente. Dans la lignée de ce dont on parlait tout à l’heure cela m’évoque une certaine recherche de l’origine culturelle pour construire son style ! »

L’entretien terminé, on atterrit, les bruits ambiants refont surfaces. Durant tout l’échange, nous avons totalement oublié la terrasse, les cafés, les voisins .., Claudia nous a embarqués dans son univers.

On fait une photo et, très gentiment, elle nous invite à rejoindre l’un de ses cours avec les enfants. Malheureusement, nous sommes pris sur cet horaire, car nous avons rendez-vous, cette fois, avec un percussionniste professionnel.

À suivre, on vous raconte ça !

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