Comment débuter, progresser, et se faire plaisir en Salsa ?

Mis à jour : sept. 27

Exceptionnellement aujourd'hui nous ne somme pas à Cuba pour cet entretient mais à Paris ! Dans le 15e plus précisément au Centre Des Arts de la Scène où nous retrouvons Tagnon Sessou, danseur, chorégraphe et professeur de danses latines.

Si vous êtes adepte des festivals ou des stages de danses cubaines, sans doute l’avez-vous déjà croisé. Il est très fréquemment sollicité pour animer des ateliers de salsa casino ou de danse afro cubaine, deux de ses univers de prédilection.

Pour ne rien vous cacher nous sommes assez fans de Tagnon dans l’équipe. Danseur talentueux, humble et d’une grande élégance, c’est aussi un professeur très investi dans l’accompagnement de ses élèves.

Nous sommes lundi, il est 18h et c’est donc avec une grande bonne humeur que nous nous retrouvons dans le studio de danse avant l’un de ses cours.

Bon, en fait, nous sommes un peu en retard … mais Tagnon nous accueille avec un grand sourire. Nous nous installons au beau milieu du studio et pour ouvrir l’entretien, nous lui demandons de parler rapidement de son parcours.

On vous laisse lire …



Tagnon : « Hello tout d’abord cher ami ! Mon parcours ? Oh c’est assez simple, je suis professeur de danse diplômé en Jazz (diplôme d’État), et depuis près de 15 ans et bien je suis danseur pluridisciplinaire et j’enseigne les danses latines, salsa casino, SON, afrocubain et de façon générale les danses du folklore cubain. »


Puro-Estilo : « Sur ces 15 années, vois-tu une évolution dans la pratique de la Salsa, dans les attentes des élèves ? Y a-t-il des effets de mode ? »


Tagnon : « Franchement, si on ne parle que de la Salsa, l’engouement reste fort depuis même 20 ans. Sans doute parce que cela évoque le soleil, Cuba, les voyages.

Il y a bien sur d’autres courants importants qui maintiennent et alimentent l’enthousiasme des danseurs, la Kizomba par exemple depuis 6 à 8 ans, ou la Bachata. Mais la Salsa a justement un côté très « fusion » qui lui permet de se nourrir de ces tendances et de rester très vivante. »

Tout le monde peut apprendre la Salsa ?


Puro-Estilo : « Après notre entretien tu vas animer un cours de Salsa cubaine pour débutants. Faut-il des qualités particulières pour se lancer et apprendre la salsa ? »


Tagnon : « Pour moi non, il n'est pas nécessaire de posséder des qualités particulières pour la Salsa, il faut juste avoir envie de danser. À chacun ensuite d’investir cette envie avec un niveau d’attente qui lui sera propre.


Tout l’enjeu en tant qu’enseignant est de mettre en place les outils qui permettront à chacun de pouvoir évoluer là où il ou elle le souhaite


Personnellement je vais m’attacher par exemple à donner beaucoup de repères. Des repères techniques bien sur, mais aussi rythmiques, musicaux, des repères sur l’organisation de la gestuelle et de la communication en danse de couple »

Puro-Estilo : « Et y a-t-il un âge pour commencer .., pour apprendre à danser la salsa ? »


Tagnon : « Non, du tout. J’ai déjà eu des élèves très jeunes entre 15 et 16 ans et inversement on voit beaucoup de gens qui s’autorisent cette pratique, après 40 ou 50 ans.

Puro-Estilo : « Qui s’autorisent ? »


Tagnon : « Oui qui s’autorisent car dans une pratique corporelle il y a le regard qui intervient, son regard sur soi, le regard des autres.


Pour certaines personnes il faut du temps pour « oser » commencer à danser, autrement que dans un cadre convenu (boîte de nuit). Pour certaines personnes, pousser la porte d’un studio de danse est un exploit !


Pour cela je veille dans mes cours à établir un climat de bienveillance, c’est extrêmement important.

J’essai également d’apporter un peu de détachement sur le regard que l’on a sur soi, et sur ce que l’on se renvoie comme image.

Moi par exemple je n’ai jamais appris à danser devant une glace.»

Puro-Estilo : « Ah non ? »


Tagnon : « Absolument ! Les seules fois ou ça m’est arrivé c’était vraiment pour venir sculpter des petites précisions dans l’espace.


Pour moi la conscience corporelle passe bien souvent par d’autres moyens. La glace permet une perception dans l’espace, mais ce n’est pas la seule perception.

En fait même personnellement je n’aime pas beaucoup la glace. Après, c’est comme ça, dans les studios, il y a toujours des miroirs mais s’il n’y en a pas pour moi ça n’est pas grave

Puro-Estilo : « Ici la salle de danse est couverte de miroirs sur deux murs ! »


Tagnon : « C’est vrai et d’ailleurs, dans mon cours je vais parfois orienter différemment les élèves pour « sortir » du miroir et travailler la mémoire dans l’espace. Changer de repère fait aussi partie des outils pédagogiques qui permettent de développer le sens de l’orientation dans l’espace. »

Puro-Estilo : "Ici, à l’école de danse (Centre des Arts de la Scène), tu enseignes chaque lundi la Salsa Casino (Salsa cubaine) et le SON. Pourquoi le SON, c’est peu courant sur Paris ? »


Tagnon : « Le SON amène une esthétique classe, élégante, qu’il est important de préserver pour moi. C’est vraiment une chose que j’essaie de communiquer à mes élèves … susciter cette envie d’élégance.


Et c’est aussi un travail riche pour un danseur, car on danse sur le 2, donc à contre temps. Cela procure une grande liberté rythmique de pouvoir danser comme on le souhaite sur le temps ou le contre temps.


Et puis dans Paris, il y a de nombreux lieux qui accueillent des soirées live et, il y a fort à parier que les musiciens vont jouer un ou même des SON, SON Montuno ou Cha Cha Cha. Pouvoir danser dans la musique procure beaucoup de plaisir, même si une Salsa pourrait permettre de coller au rythme. »

Puro-Estilo : « Tu parles d’élégance, d’esthétique … y a-t-il une -signature Tagnon- dans ton enseignement ? »


Tagnon : « Bien sûr chaque enseignant apporte toujours sa marque, même si le contenu reste toujours le même.

Personnellement je m’appuie beaucoup sur mon expérience de danseur et je vais particulièrement insister sur des notions fondamentales comme les appuis, le poids, le regards … prendre une conscience corporelle en fait.

Des élèves qui auront déjà pratiqué dans d’autres écoles (je donne d’ailleurs moi-même également des cours dans d’autres écoles) ne seront pas perdus dans mon cours. Simplement, nous insisterons plus particulièrement sur ces points pour leur permettre d’aller plus loin.


A tort souvent, on se dit qu’avec un débutant on peut ne donner que des éléments partiels de pratique. On pense que l’on peut notamment négliger l’importance des appuis ou de la position dans l’espace parce que c’est un peu plus complexe à saisir.

Je pense que si c'est bien expliqué, on peut communiquer d’emblée des gestes justes, qui permettent de « construire un danseur ».

Puro-Estilo : « Construire un danseur !? »


Tagnon : «Oui, on l’oublie parfois, on a une responsabilité en tant qu’enseignant. Les élèves vont aller pratiquer dans des occasions sociales et même si nous sommes dans le divertissement, et bien le plaisir n’en sera que plus grand si on est dans la justesse.


Si je peux prendre une image, c’est comme la cuisine … Si on reçoit des amis chez soi, on va s’appliquer pour proposer quelque chose de bon que chacun va apprécier. Pourquoi n’aurait-on pas la même exigence pour une danse avec un partenaire ?!


Bien expliqué, quand le chemin est bien défini, on constate que les élèves trouvent rapidement leurs repères, ceux sur lesquels ils peuvent s’appuyer pour avancer ! »

Combien de cours faut-il avant d'aller en soirée ?


Puro-Estilo : « Si on parle de la pratique sociale .. combien de temps, combien de cours faut-il avant de pouvoir aller se faire plaisir en soirée dansante ? »


Tagnon : « Franchement ça va peut-être surprendre mais je dirais qu’il n’y a pas besoin de cours de danse pour aller se faire plaisir en soirée !


En revanche oui, bien sûr il faut un peu de temps, pour construire une danseuse ou un danseur.

Chacun va avoir son exigence et c’est, par conséquent, un temps qui n’est pas défini. Cela va dépendre de chacun.


Les termes intermédiaires, débutants, confirmés ou avancés ne me plaisent pas beaucoup. Un intermédiaire sur un point sera débutant sur un autre.


Je préfère parler d’expérience, de sensibilité. L’élève a-t-il ou pas encore de la rythmicité, de l’écoute musicale, de la conscience corporelle, des repères dans l’espace déjà un peu construits ?


Il n’y a pas un moment où « on est prêt » à aller se faire plaisir en soirée salsa. Chaque jour, on est juste un peu meilleur que la veille !

Aller danser est quelque chose qui doit se faire en parallèle de son apprentissage.Il s’agit de danse sociale, donc il faut sortir danser et -tester- pour voir ce que l’on a intégré ou ce que l’on a cru avoir intégré.

L’idée c’est de prendre un cours, puis ensuite d’aller s’amuser en dehors du cours avec les éléments découverts dans le cours et de s’appuyer sur ce qu’on a appris, à son niveau, avec son bagage, avec ses qualités et ses défauts, et de continuer à se construire chaque jour ! »


N'hésitez pas à lire également l'interview de Mireya, professeur de Salsa à Cuba

"Pourquoi prendre des cours de Salsa à Cuba"


Vous ne serez pas déçu

Puro-Estilo : « Justement, « se construire » … comment peut-on combiner l’apprentissage d’une danse et construire son propre style ? »


Comment construire son propre style ?


Tagnon : « C’est vraiment une question très importante en effet.


J’ai parfois des élèves qui proposent d’exécuter un mouvement ou un déplacement en étant totalement hors des règles de la Salsa en expliquant que c’est « leur style ».


Mon rôle est alors de clarifier que, construire son propre style, ne peut se faire que lorsque l’on maîtrise les règles. C’est ainsi dans la peinture également et dans tous les arts.


Pour exprimer sa personnalité, pour s’approprier une danse, il faut avoir envie de raconter ses propres histoires, avec ses propres mots, mais en puisant dans un vocabulaire défini.


C’est ainsi que l’on définit son propre style.

À mon sens, le style, ce n’est pas la dé-construction des règles. Le style, c’est utiliser les regles pour construire ses propres phrases.

Sachant qu’une danse en elle-même définit déjà un style, c’est ce qui la différencie d’une autre. Par exemple, le tango et la salsa sont différents, l’esthétique, la gestuelle ne sont pas les mêmes. Nous sommes dans deux univers stylistiques distincts.


On peut dire beaucoup de choses avec le corps sans nécessairement violer les règles

Mais à partir du moment où on ne reconnaît plus la gestuelle d’une danse, on n’est plus dans l’expression de son style, on est ailleurs »

Puro-Estilo : « Et puis c’est une danse à deux, il ne faut pas l’oublier, il est important que le partenaire reconnaisse le « vocabulaire » non ? »


Tagnon : « Absolument ! Et puis dans la salsa, il y a déjà énormément d’espaces de liberté … est-ce que je fais beaucoup de déplacements, est-ce que je suis plutôt sur les figures, est-ce que je joue avec les silences, avec la musicalité, la rythmicité dans les pieds … ce sont autant de façons de s’approprier une danse, d’exprimer son style et de prendre du plaisir, tout en restant compréhensible par son ou sa partenaire»

Puro-Estilo : « Le plaisir de danser … tu nous en dis plus ? »


Tagnon : « Le plaisir, souvent, c’est aussi de faire bien les choses ! Non ?

Je reviens à la cuisine (parce que j’aime ça :) ) : le plaisir, c’est d’associer correctement des ingrédients ce n’est pas juste d’avoir les ingrédients en main !

De la même façon, dans la danse, maîtriser musicalement un geste, une communication avec une ou un partenaire, avoir une conscience dans l’espace, être juste musicalement, être bien placé … tout cela procure beaucoup de plaisir.


Bien sûr la notion de plaisir est plurielle. Pour certains, le plaisir va passer par un corps en mouvement. Pour d’autres, cela va passer par une justesse rythmique et musicale, ou par une maîtrise technique, ou encore tout simplement par un sourire à tout-va.


Mais au total, en sortant d’une pratique de danse, il y a toujours un très grand plaisir. »

Puro-Estilo : « Tu enseignes aussi l’afro cubain sur Paris, c’est complémentaire de la Salsa ?»


Tagnon : « C’est très à la mode aujourd’hui de mettre en valeur le côté fusion de la salsa, et notamment de révéler son aspect afro. On le voit notamment beaucoup dans les festivals. Pour le faire, pour fusionner salsa et afro cubain il faut les bons outils


L’afro cubain, c’est une discipline, un univers à part entière, comme la salsa est un univers à part entière.


Il arrive que l’on fasse la fusion entre les deux, mais il y a de nombreuses danseuses et de nombreux danseurs qui ne pratiquent que l’afro cubain. »

Puro-Estilo : « Ce sont des salseros qui viennent aux cours ? »


Tagnon : « Le public est très hétérogène. Il arrive souvent que ce soient des gens qui ont une pratique de la salsa mais il y a beaucoup de gens qui souhaitent danser l’afro cubain … pour l’afro cubain. »

Puro-Estilo : « On regarde l’heure, ton cours va bientôt démarrer. Si on peut se permettre une dernière question : qu’écoutes-tu en ce moment ? »


Tagnon : « En ce moment, côté rythmes cubains beaucoup Papucho, Mayito Rivera et j’écoute aussi beaucoup de SON (Sierra Maestra). Sinon, hors du champ latino … j’écoute énormément de Jazz.

Puro-Estilo : « Tu nous as pas mal parlé cuisine : un plat que tu aimes faire en ce moment ? »


Tagnon : « Yes la pizza maison ! Avec beaucoup de légumes, du jambon espagnol …. un régal ! »

Puro-Estilo : « Un grand merci Tagnon, et bon cours à tous ! »

Voilà, l’heure est passée bien trop vite, les élèves commencent à entrer, ambiance chaleureuse, sourire aux lèvres, visiblement ravis. Nous, on a le sentiment d’avoir à peine effleuré tout ce que Tagnon Sessou peut partager … Pas impossible que l’on vienne faire une autre interview, pourquoi pas avec un Mojito ou deux pour se mettre dans l’ambiance.


Si vous êtes intéressés, Tagnon propose ses cours de danses :


Lundi (M St Marcel/Chevaleret)

  • 18h SALSA CASINO débutant

  • 19h SALSA CASINO Inter/Avancé

Où ? : l'ICM - Pitié Salpêtrière (47 bvd de l'hôpital 75013 Paris - M° St-Marcel (L5)/ Chevaleret (L6)


Mardi (M Faidherbe Chaligny)

  • 20h15 Salsa CASINO Inter/Avancé

  • 21h15 Suelta (styling)

Où ? : À l'école des danses latines


Mercredi (M Alexandre Dumas)

  • 20h SON CUBAIN

  • 21h SALSA CASINO inter/Avancé

Où ? : Au Studio HEART POINT (10 Villa Riberolle 75020 Paris - M° Alexandre Dumas (L2))


Vendredi (M Grands-Boulevards)

  • 20h-21h30 AFRO-CUBAIN (tous niveaux)

Où ? : au Studio bleu Danse (14 Boulevard Poissonnière Paris 9e métro Grands Boulevards ligne 8 ou 9)


63 vues

©2020 par Explorez Cuba et la Salsa. 231 rue Saint Honoré, 75001 Paris Email :